Abiaty : le pari réussi d’une jeunesse organisée
Le dimanche 24 mai 2026, à la place du marché d’Abiaty, le traditionnel bilan de fin de mandat de l’Union des Jeunes d’Abiaty (UJA) a pris des allures d’événement historique. Pour la première fois dans l’histoire du village, un président des jeunes a présenté publiquement un compte rendu détaillé de sa gestion, aussi bien sur le plan financier que sur les actions menées au profit de la communauté. Un exercice de transparence salué par les habitants, les notables et les cadres locaux.
À la tête de l’UJA entre 2023 et 2025, Gnangbo Atché Bernard laisse derrière lui un mandat marqué par une forte mobilisation des jeunes et une gestion structurée des ressources communautaires. En trois années, l’association est parvenue à mobiliser plus de 14,2 millions de francs CFA : 3 010 000 F CFA la première année, 4 435 200 F CFA la deuxième et 6 811 500 F CFA la troisième. Une progression financière inédite pour cette organisation de jeunesse villageoise.
Mais derrière ces chiffres se cache une réalité particulière : l’UJA ne dispose d’aucune ressource financière permanente. L’essentiel des fonds mobilisés durant le mandat provient du soutien de partenaires, de bienfaiteurs et surtout des ressources personnelles du président. Selon le bilan présenté, les cotisations des membres n’ont représenté que 902 500 F CFA, contre 5 296 500 F CFA de dons et contributions volontaires. Les recettes générées par les activités se sont élevées à 50 000 F CFA, tandis que les fonds propres injectés par le président et son équipe ont atteint 8 007 700 F CFA, soit la plus importante part des ressources mobilisées.
Au-delà des chiffres, c’est surtout l’orientation sociale et communautaire des dépenses qui retient l’attention. Plus de 5 millions de francs CFA ont été consacrés au soutien social et aux dons communautaires. L’UJA a également investi dans l’éducation, notamment à travers la distribution de kits scolaires dans plusieurs villages de la sous-préfecture d’Etuéboué, le soutien aux élèves en classes d’examen, la prise en charge de frais de scolarité pour certains élèves déscolarisés et l’aide aux étudiants via le financement de cartes de bus.
Le sport et la cohésion sociale ont constitué un autre axe majeur du mandat. Des tournois de football ont été organisés chaque année durant les vacances, accompagnés d’activités culturelles et de variétés artistiques destinées à renforcer les liens entre les jeunes du village et ceux vivant en ville. Plus de 4,7 millions de francs CFA ont ainsi été investis dans l’organisation d’activités sportives, l’achat de matériel et la participation à plusieurs événements communautaires.
Dans un contexte où de nombreuses associations locales peinent à maintenir une dynamique durable, le mandat de l’UJA apparaît comme une tentative réussie de structuration d’une jeunesse rurale souvent confrontée au manque de moyens et à l’exode vers les centres urbains. Les principaux objectifs fixés par l’équipe dirigeante – renforcer la cohésion, promouvoir l’éducation, encourager l’entraide et améliorer la visibilité de l’association – semblent avoir trouvé un écho favorable auprès des populations.
Présent lors de la cérémonie, le chef du village, Nanan Kolia Tchedji, entouré de ses notables, a félicité le président sortant et son bureau pour leur engagement.
À l’issue de la présentation du bilan, la salle a été le théâtre d’une ovation nourrie et unanime. Jeunes, femmes et notabilité ont, tour à tour, exprimé leurs encouragements et leurs félicitations au président et à son équipe, saluant un mandat jugé exemplaire en matière de transparence, d’engagement communautaire et de solidarité villageoise.
Prenant la parole à la fin de la cérémonie, Gnangbo Atché Bernard a exprimé sa gratitude envers les autorités traditionnelles, les cadres du village, les responsables religieux, les associations locales ainsi que les femmes et les jeunes d’Abiaty. « Ce mandat a été celui de la solidarité et du travail collectif », a-t-il résumé, appelant la future équipe dirigeante à poursuivre les efforts de transparence et de mobilisation communautaire.
À travers ce bilan inédit, l’UJA entend désormais inscrire durablement la culture de la reddition des comptes dans la gouvernance associative locale. Une démarche encore rare dans de nombreux villages ivoiriens, mais qui pourrait faire école bien au-delà d’Abiaty.



