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	<title>Les Dynamiques Géopolitiques Archives - Adiaké 24</title>
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	<title>Les Dynamiques Géopolitiques Archives - Adiaké 24</title>
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		<title>L’Afrique peut-elle encore assurer sa propre défense ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dr. MC Antoine KAKOU FOBA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Oct 2026 13:09:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les Dynamiques Géopolitiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La capacité d&#8217;un État à défendre son territoire, à protéger ses populations et à préserver ses institutions constitue l&#8217;un des fondements essentiels de sa souveraineté. C&#8217;est dans cette perspective que les pays africains, au lendemain des indépendances, se sont progressivement dotés de forces armées nationales. Plus de six décennies après, cette ambition demeure confrontée à [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La capacité d&#8217;un État à défendre son territoire, à protéger ses populations et à préserver ses institutions constitue l&#8217;un des fondements essentiels de sa souveraineté. C&#8217;est dans cette perspective que les pays africains, au lendemain des indépendances, se sont progressivement dotés de forces armées nationales. Plus de six décennies après, cette ambition demeure confrontée à des défis sécuritaires dont l&#8217;ampleur et la complexité interrogent l&#8217;efficacité des dispositifs de défense du continent.<br />
Du Sahel à la Corne de l&#8217;Afrique, en passant par le bassin du lac Tchad et l&#8217;est de la République démocratique du Congo, la persistance des conflits armés révèle les fragilités de plusieurs États. À ces foyers d&#8217;instabilité s&#8217;ajoutent le terrorisme transnational, la criminalité organisée, les cybermenaces et les ingérences étrangères, qui redéfinissent progressivement les exigences de la défense nationale.<br />
Dans un environnement sécuritaire aussi mouvant, une interrogation s&#8217;impose. Les armées africaines disposent-elles véritablement des capacités nécessaires pour défendre leurs États et garantir durablement leur souveraineté ?</p>
<p><em><strong>Des menaces qui redéfinissent les exigences de la défense</strong></em></p>
<p>Longtemps organisées pour répondre principalement aux agressions extérieures, les armées africaines doivent désormais affronter des menaces plus diffuses, portées notamment par des groupes armés mobiles qui exploitent les faiblesses institutionnelles et les difficultés de contrôle de certains territoires.<br />
La situation au Sahel illustre particulièrement cette évolution. Malgré les efforts militaires engagés au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l&#8217;insécurité demeure préoccupante. Selon le Centre d&#8217;études stratégiques de l&#8217;Afrique, les violences liées aux groupes islamistes militants auraient provoqué près de 24 000 décès sur le continent en 2025.<br />
Cette persistance de la violence montre que la réponse militaire, aussi nécessaire soit-elle, ne peut suffire à garantir une stabilité durable. La maîtrise d&#8217;un territoire suppose également une présence effective de l&#8217;administration, un accès aux services publics et une relation de confiance entre l&#8217;État et les populations.</p>
<p><em><strong>Des capacités militaires inégales et une dépendance technologique persistante</strong></em></p>
<p>Les capacités militaires africaines présentent de profondes disparités. Alors que certains États disposent de forces relativement bien structurées et équipées, d&#8217;autres éprouvent encore des difficultés à assurer efficacement la surveillance de leurs frontières et la protection de leurs territoires.<br />
Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires africaines ont atteint environ 58,2 milliards de dollars en 2025, représentant près de 2 % des dépenses militaires mondiales. Si ces chiffres témoignent des efforts financiers consentis, ils révèlent également l&#8217;écart considérable qui sépare les moyens africains de ceux des principales puissances militaires.<br />
Au-delà des contraintes budgétaires, la dépendance technologique demeure un obstacle majeur à l&#8217;autonomie stratégique. Une part importante des équipements spécialisés, des systèmes de surveillance et des capacités de maintenance provient encore de fournisseurs étrangers. Plusieurs États se retrouvent ainsi dans une situation paradoxale, revendiquant leur souveraineté sécuritaire tout en dépendant de partenaires extérieurs pour acquérir et entretenir les instruments nécessaires à leur défense.<br />
La diversification des partenariats militaires peut contribuer à réduire certaines dépendances. Toutefois, le remplacement d&#8217;un fournisseur d&#8217;armements par un autre ne constitue pas, en lui-même, une conquête de souveraineté. Celle-ci repose davantage sur la formation des compétences nationales, le développement des capacités industrielles et la maîtrise progressive des technologies de défense.</p>
<p><em><strong>La puissance militaire ne garantit pas à elle seule la stabilité</strong></em></p>
<p>L&#8217;expérience des crises africaines montre que la possession d&#8217;une armée, même relativement bien équipée, ne garantit pas nécessairement la stabilité d&#8217;un État.<br />
Dans plusieurs régions, la persistance des groupes armés s&#8217;explique également par des tensions communautaires, des difficultés économiques, des frustrations sociales et une présence insuffisante des institutions publiques. Tant que ces facteurs demeurent, les succès militaires risquent de produire des résultats limités dans le temps.<br />
La sécurité nationale ne peut donc être dissociée de la gouvernance, de la justice et du développement territorial. Si les forces armées contribuent à préserver l&#8217;intégrité du territoire et à rétablir l&#8217;autorité publique, elles ne sauraient durablement se substituer aux administrations civiles ni résoudre, à elles seules, les causes profondes des conflits.<br />
La confiance entre les forces de défense et les populations constitue, à cet égard, un facteur déterminant. Une armée professionnelle, respectueuse des droits fondamentaux et inscrite dans un cadre institutionnel légitime renforce la stabilité qu&#8217;elle a précisément pour mission de préserver.</p>
<p><em><strong>La coopération militaire africaine à l’épreuve des divisions politiques</strong></em></p>
<p>La dimension transnationale des menaces contemporaines met en évidence les limites d&#8217;une conception exclusivement nationale de la défense. Aucun État ne peut prétendre répondre isolément à l&#8217;ensemble des risques sécuritaires qui traversent ses frontières.<br />
Consciente de cette réalité, l&#8217;Union africaine a progressivement développé des mécanismes de prévention et de gestion des crises, notamment à travers le Conseil de paix et de sécurité et la Force africaine en attente. Cependant, leur efficacité demeure limitée par les difficultés de financement, de coordination et de disponibilité opérationnelle.<br />
À ces contraintes s&#8217;ajoutent les divergences politiques entre États, qui compliquent la construction d&#8217;une véritable solidarité sécuritaire continentale.<br />
Cette situation révèle une contradiction préoccupante. Alors que les menaces dépassent les frontières nationales, les réponses militaires africaines restent largement fragmentées. La consolidation de la souveraineté sécuritaire du continent exige pourtant une meilleure coordination des forces, un partage efficace du renseignement et des mécanismes régionaux capables d&#8217;anticiper et de gérer collectivement les crises.</p>
<p><em><strong>Conclusion stratégique</strong></em></p>
<p>Les armées africaines disposent de capacités réelles, mais celles-ci demeurent profondément inégales. Si plusieurs ont démontré leur professionnalisme et leur aptitude à conduire des opérations complexes, leur efficacité reste confrontée à des contraintes financières, technologiques et institutionnelles qui limitent leur autonomie.<br />
Face à la transformation des menaces, la modernisation des forces armées apparaît indispensable. Elle ne saurait toutefois se réduire à l&#8217;acquisition de nouveaux équipements ou à l&#8217;augmentation des effectifs. Elle doit également reposer sur la formation, le renseignement, la recherche technologique, le développement des industries de défense et le renforcement de la coopération régionale.</p>
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		<title>Côte d’Ivoire: La terre, entre héritage, argent et pouvoir</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dr. MC Antoine KAKOU FOBA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Oct 2026 13:18:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les Dynamiques Géopolitiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En Côte d’Ivoire, la terre a longtemps constitué le fondement de la richesse familiale, de l’organisation communautaire et de l’autorité traditionnelle. Bien au-delà de sa fonction productive, elle représentait un patrimoine transmis entre les générations, un marqueur d’appartenance et un élément essentiel de l’identité des populations. Cette conception historique du foncier connaît aujourd’hui de profondes [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En Côte d’Ivoire, la terre a longtemps constitué le fondement de la richesse familiale, de l’organisation communautaire et de l’autorité traditionnelle. Bien au-delà de sa fonction productive, elle représentait un patrimoine transmis entre les générations, un marqueur d’appartenance et un élément essentiel de l’identité des populations. Cette conception historique du foncier connaît aujourd’hui de profondes mutations. L’expansion urbaine, la multiplication des opérations immobilières, l’intensification des activités agricoles et l’essor des investissements économiques exercent une pression croissante sur les espaces disponibles. Des terres autrefois considérées comme des patrimoines familiaux deviennent progressivement des actifs économiques dont la valeur marchande peut dépasser les revenus tirés de leur exploitation traditionnelle. Cette transformation modifie les rapports entre les générations, recompose les équilibres communautaires et fait émerger de nouvelles formes de pouvoir territorial. Selon les données attribuées à la Banque mondiale, la population urbaine ivoirienne serait passée d’environ 7,6 millions d’habitants en 2000 à près de 17,8 millions en 2025. Cette évolution illustre l’ampleur des transformations territoriales auxquelles le pays doit faire face. Derrière cette dynamique démographique et économique se pose une interrogation fondamentale. À qui appartient réellement la terre en Côte d’Ivoire et qui détient aujourd’hui le pouvoir d’en décider l’utilisation, la transmission et la valorisation ?</p>
<p>La question dépasse les seules considérations juridiques. Elle engage la stabilité des communautés, la sécurité des investissements, les relations entre les générations et la capacité de l’État à organiser équitablement l’accès à une ressource qui demeure au cœur de la vie économique et sociale.</p>
<p><em><strong>La terre entre héritage coutumier et propriété juridique</strong></em></p>
<p>L’organisation foncière ivoirienne repose historiquement sur une articulation complexe entre les droits coutumiers et le droit moderne. Dans de nombreuses communautés rurales, la terre demeure étroitement associée à l’histoire du peuplement, aux lignages et aux mécanismes traditionnels de transmission patrimoniale. Dans cette conception, détenir des droits sur la terre ne signifie pas nécessairement pouvoir en disposer librement. Les décisions relatives à son utilisation peuvent engager plusieurs membres d’une même famille, voire l’ensemble d’une communauté. L’autorité foncière traditionnelle apparaît alors moins comme un propriétaire individuel que comme le dépositaire d’un patrimoine collectif dont elle doit préserver la continuité. Cependant, la valorisation marchande du foncier transforme progressivement cette responsabilité patrimoniale. La possibilité de céder des parcelles jusque-là exploitées collectivement peut favoriser des décisions individuelles au détriment des intérêts familiaux. Les tensions naissent ainsi de la coexistence de plusieurs formes de légitimité. Les autorités coutumières invoquent l’histoire de l’occupation, les familles revendiquent leurs droits successoraux, les exploitants demandent la reconnaissance de leurs investissements et les acquéreurs recherchent la sécurité juridique de leurs transactions. La loi du 23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural, modifiée à plusieurs reprises, constitue un instrument majeur d’encadrement de ces relations. Elle établit notamment une distinction fondamentale entre la propriété foncière et les droits d’exploitation. Toutefois, la reconnaissance juridique des droits ne saurait durablement produire la sécurité foncière si elle ignore les réalités sociales et historiques qui fondent leur légitimité. L’enjeu consiste donc à concilier les exigences de formalisation avec la préservation des équilibres communautaires.</p>
<p><em><strong>L&#8217;urbanisation transforme la terre en instrument de puissance économique</strong></em></p>
<p>L’expansion urbaine constitue l’un des principaux facteurs de transformation du foncier ivoirien. À mesure que les villes s’étendent, les terres situées à leur périphérie acquièrent une valeur économique nouvelle. Des espaces autrefois consacrés aux cultures vivrières, aux plantations ou à l’habitat villageois deviennent progressivement des zones recherchées pour la construction de logements, d’infrastructures et d’établissements commerciaux. Le phénomène est particulièrement perceptible autour d’Abidjan, mais il concerne également plusieurs grandes villes de l’intérieur. Cette évolution introduit une nouvelle hiérarchie des valeurs foncières. Une parcelle agricole peut désormais être davantage recherchée pour son potentiel immobilier que pour sa capacité de production. Sa valeur dépend alors moins de sa fertilité que de sa localisation, de son accessibilité et des perspectives d’aménagement.</p>
<p>La terre devient ainsi l’objet d’une compétition entre les familles, les promoteurs immobiliers, les collectivités territoriales et les investisseurs. Lorsque cette dynamique progresse plus rapidement que les mécanismes de planification et de sécurisation, les risques de contestation se multiplient. Une même parcelle peut faire l’objet de revendications concurrentes, tandis que certaines transactions sont réalisées sans consultation suffisante des ayants droit. Les réformes engagées dans la documentation foncière urbaine, notamment l’introduction de l’Attestation de droit d’usage coutumier dans les procédures concernées depuis janvier 2025, traduisent la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’encadrement des transactions. Leur efficacité dépendra néanmoins de la fiabilité des informations foncières, de l’accessibilité des procédures et de la capacité des administrations à prévenir les chevauchements de droits. Sur le plan géopolitique, cette transformation est particulièrement significative. L’urbanisation ne modifie pas seulement les paysages. Elle redistribue les positions économiques et les capacités d’influence dans les territoires. Celui qui maîtrise les espaces stratégiquement situés dispose d’un avantage considérable dans l’orientation des futurs usages du sol. La propriété foncière devient ainsi une forme de puissance territoriale dont les implications dépassent largement le marché immobilier.</p>
<p><em><strong>Les conflits fonciers fragilisent la cohésion sociale.</strong></em></p>
<p>Les différends fonciers accompagnent depuis plusieurs décennies les transformations agricoles, les mouvements migratoires et les recompositions sociales de la Côte d’Ivoire. Dans les espaces ruraux, ils peuvent opposer des détenteurs de droits coutumiers à des exploitants, des familles entre elles ou plusieurs communautés revendiquant des droits sur les mêmes terres. Dans les zones périurbaines, les contestations peuvent également impliquer des héritiers, des autorités traditionnelles, des opérateurs immobiliers et des acquéreurs. Ces situations deviennent particulièrement complexes lorsque les transactions reposent sur des accords anciens insuffisamment documentés.</p>
<p>Il serait cependant réducteur d’interpréter systématiquement les conflits fonciers comme des oppositions entre populations autochtones et populations venues d’ailleurs. Nombre de différends trouvent également leur origine dans des successions contestées, des limites territoriales imprécises ou des désaccords sur la nature des droits initialement accordés. La terre constitue alors le point de rencontre de mémoires familiales, de légitimités communautaires et d’intérêts économiques parfois contradictoires.</p>
<p>Les conséquences dépassent les seuls protagonistes des litiges. Pour un exploitant agricole, perdre l’accès à sa parcelle peut compromettre plusieurs années d’investissement. Pour une famille, la contestation d’un patrimoine hérité peut remettre en cause la transmission de ressources essentielles aux générations futures. À l’échelle communautaire, l’accumulation des différends peut fragiliser les mécanismes traditionnels de régulation et alimenter la défiance envers les institutions. La sécurisation foncière apparaît dès lors comme un instrument de prévention des tensions sociales. Les données communiquées par les autorités compétentes en août 2026 font état d’une progression des opérations de sécurisation. Le nombre de villages délimités et bornés serait passé de 284 en 2017 à 5 786 en 2026, tandis que les certificats fonciers délivrés seraient passés de 4 000 à 68 026. Ces avancées traduisent une volonté de clarification des droits. Elles montrent également que la stabilité foncière dépend autant de la reconnaissance des légitimités que de la capacité des institutions à prévenir et résoudre les contestations.</p>
<p><em><strong>L’héritage familial à l’épreuve des mutations économiques</strong></em></p>
<p>La transmission familiale constitue l’une des dimensions les plus sensibles de la question foncière. Dans de nombreuses communautés, les terres sont conservées pendant plusieurs générations sans que les droits de chaque héritier soient nécessairement individualisés. Cette organisation peut préserver l’unité du patrimoine lorsque les règles de gestion sont reconnues par tous. Elle devient cependant plus fragile lorsque les héritiers se multiplient et que leurs intérêts économiques divergent. Les nouvelles générations n’entretiennent pas toujours le même rapport à la terre que leurs parents. Là où les anciens privilégiaient la conservation d’un patrimoine destiné à être transmis, certains héritiers peuvent envisager sa valorisation comme un moyen de financer une activité économique ou de répondre à des besoins immédiats. Cette divergence ne traduit pas nécessairement une opposition entre tradition et modernité. Elle révèle surtout une transformation des fonctions économiques du patrimoine foncier. Toutefois, lorsque les règles successorales sont insuffisamment clarifiées, la valorisation des terres peut devenir une source durable de division familiale. La sécurisation foncière devrait donc s’accompagner d’une meilleure gouvernance des patrimoines familiaux, fondée sur la clarification des droits, la conservation des documents et l’association effective des ayants droit aux décisions importantes. La terre ne devrait pas devenir un facteur de rupture entre les générations alors qu’elle a historiquement constitué l’un des principaux instruments de leur continuité.</p>
<p><em><strong>La sécurisation foncière, un chantier stratégique pour l’État</strong></em></p>
<p>Face à ces transformations, la Côte d’Ivoire a engagé un vaste processus de sécurisation du foncier rural. L’Agence foncière rurale, créée en 2016, occupe une place centrale dans cette politique à travers la certification des droits, la délimitation des territoires villageois et la formalisation des relations entre détenteurs de droits et exploitants. L’ampleur du chantier demeure considérable. Les objectifs présentés par les autorités portent sur la sécurisation d’environ 23 millions d’hectares de terres rurales, la délimitation de 8 631 villages et la délivrance de près de 1,5 million de certificats fonciers. La tenue des Journées foncières d’Abidjan, du 5 au 7 octobre 2026, confirme la place accordée à cette question dans les priorités nationales. Les enjeux de cohésion sociale, d’investissement productif, d’emploi et de développement durable y ont été associés à la sécurisation des droits. Mais la réussite de cette politique ne saurait être appréciée uniquement à travers le nombre de certificats délivrés. Elle dépendra également de la confiance instaurée entre les populations, les autorités coutumières, les investisseurs et les institutions publiques. Une procédure juridiquement solide, mais difficilement accessible, peut laisser subsister une insécurité importante. De même, une certification qui ne prendrait pas suffisamment en compte les droits familiaux ou les accords d’exploitation existants pourrait déplacer les tensions plutôt que les résoudre. La sécurisation foncière ne consiste donc pas seulement à identifier des propriétaires. Elle doit également permettre de reconnaître les droits légitimes, de clarifier les responsabilités et d’organiser durablement la coexistence des différents usages de la terre.</p>
<p><em><strong>La maîtrise foncière redessine les rapports de pouvoir</strong></em></p>
<p>Au-delà de ses implications juridiques, économiques et sociales, la question foncière révèle une transformation des rapports de pouvoir sur les terres ivoiriennes. L’influence ne dépend plus uniquement de l’autorité politique, administrative ou traditionnelle. Elle repose également sur la capacité à contrôler les espaces disponibles, à orienter leur affectation et à participer aux décisions concernant leur valorisation. La construction d’une route, l’implantation d’une industrie ou la création d’une nouvelle zone urbaine peuvent modifier rapidement la valeur stratégique des terres environnantes. Ces transformations créent des opportunités économiques, mais elles peuvent également accentuer les inégalités lorsque les populations historiquement installées ne bénéficient pas suffisamment de la valorisation de leurs territoires. L’État se trouve ainsi devant une responsabilité essentielle. Il lui appartient de concilier la protection des patrimoines, la promotion des investissements et l’organisation d’un développement territorial équilibré. Les collectivités doivent pouvoir anticiper les besoins futurs en équipements publics. Les communautés doivent bénéficier de garanties suffisantes pour préserver leurs droits. Les investisseurs doivent, quant à eux, évoluer dans un environnement juridique stable.</p>
<p><em><strong>Conclusion stratégique</strong></em></p>
<p>La question foncière révèle une transformation profonde des rapports entre les populations, les institutions et les terres ivoiriennes.<br />
Longtemps considérée comme un patrimoine familial et communautaire, la terre s’affirme désormais comme une ressource économique stratégique dont la maîtrise conditionne l’accès à l’investissement, à l’emploi et aux opportunités de développement. Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives de valorisation, mais elle accentue également les tensions autour de la propriété, de la transmission et de l’utilisation des espaces. Les efforts entrepris par l’État pour sécuriser les droits fonciers constituent une réponse importante à ces défis. Leur portée dépendra néanmoins de la capacité des réformes à dépasser la seule délivrance de documents administratifs pour instaurer une gouvernance plus transparente, inclusive et durable. L’avenir du foncier ivoirien ne se décidera donc pas uniquement dans les services cadastraux, les études notariales ou les administrations chargées de l’aménagement. Il se jouera également au sein des familles, dans les villages, dans les collectivités territoriales et dans les mécanismes de dialogue entre les différents acteurs.</p>
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		<title>Côte d’Ivoire : quand l’eau devient un enjeu de souveraineté</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dr. MC Antoine KAKOU FOBA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Oct 2026 13:20:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les Dynamiques Géopolitiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lorsque l’on évoque l’eau en tant que ressource, la Côte d’Ivoire apparaît, à première vue, comme un pays relativement privilégié. Ses fleuves, ses rivières, ses lagunes, ses nappes souterraines et son régime pluviométrique donnent l’image d’un territoire abondamment pourvu. Cette apparente disponibilité ne doit cependant pas masquer une réalité plus complexe. Disposer d’importantes ressources hydriques [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsque l’on évoque l’eau en tant que ressource, la Côte d’Ivoire apparaît, à première vue, comme un pays relativement privilégié. Ses fleuves, ses rivières, ses lagunes, ses nappes souterraines et son régime pluviométrique donnent l’image d’un territoire abondamment pourvu. Cette apparente disponibilité ne doit cependant pas masquer une réalité plus complexe. Disposer d’importantes ressources hydriques ne garantit pas nécessairement un accès durable à une eau propre, accessible et économiquement exploitable. Or, les pressions s’accumulent : la croissance démographique augmente les besoins des populations. L’urbanisation étend les réseaux de distribution. L’agriculture et l’industrie accroissent les prélèvements. Les activités minières fragilisent certains bassins versants, tandis que les pollutions et la variabilité climatique compliquent davantage la gestion de la ressource.</p>
<p>La décision prise le 17 septembre 2026 par le Conseil national de sécurité est, à cet égard, particulièrement révélatrice. L’État a décidé de créer 21 pelotons de sécurité fluviale chargés d’assurer une surveillance permanente des quatre grands fleuves ivoiriens et de leurs affluents dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage illégal. Le symbole dépasse largement la seule question minière. Lorsque la protection des fleuves entre dans le champ permanent de la sécurité nationale, l’eau cesse progressivement d’être considérée comme une simple question environnementale pour devenir un enjeu de souveraineté.</p>
<p><em><strong>Une puissance hydraulique en apparence</strong></em></p>
<p>Le Cavally, le Sassandra, le Bandama et la Comoé structurent une grande partie du territoire ivoirien. À ces grands fleuves s’ajoutent leurs affluents, les nappes souterraines et un important système lagunaire. Cette géographie a longtemps entretenu l’idée d’un pays relativement protégé contre les grandes tensions hydriques. Pourtant, la sécurité de l’eau ne se mesure plus uniquement à la quantité disponible. Elle dépend également de sa qualité, de son accessibilité, de sa répartition territoriale et de la capacité technique et financière à la traiter. Une rivière polluée demeure une ressource naturelle, mais son exploitation devient plus difficile et plus coûteuse. Une nappe souterraine peut être abondante sans être immédiatement accessible. Un barrage peut stocker d’importantes quantités d’eau tout en devant satisfaire simultanément les besoins des populations, de l’agriculture, de l’industrie ou de la production énergétique. Un paradoxe apparaît alors progressivement. Un pays peut disposer d’importantes ressources hydriques tout en rencontrant localement des difficultés croissantes pour garantir une eau de qualité à l’ensemble de sa population.</p>
<p><em><strong>L’orpaillage révèle la vulnérabilité des fleuves</strong></em></p>
<p>L’orpaillage illégal constitue aujourd’hui l’une des manifestations les plus visibles de cette vulnérabilité.<br />
Selon les données présentées en septembre 2026 par le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, 1 600 sites d’orpaillage illégal avaient été répertoriés sur le territoire national et les quatre grands bassins versants du pays étaient fortement perturbés. Les autorités ont également attiré l’attention sur l’usage incontrôlé de substances toxiques susceptibles d’affecter durablement les milieux aquatiques. Le danger tient à la nature même de l’eau. La pollution circule et ses conséquences peuvent se manifester très loin de leur point d’origine. Une activité menée en amont peut ainsi affecter des populations situées plusieurs dizaines de kilomètres plus loin. Agboville en a fourni une illustration concrète en août 2026. La dégradation du fleuve Agbo, mise en relation par les autorités locales avec des activités d’orpaillage clandestin situées en amont, avait perturbé l’approvisionnement en eau potable avant son rétablissement progressif. Cet épisode rappelle une réalité fondamentale : la sécurité hydrique oblige désormais à penser le territoire non comme une juxtaposition de localités indépendantes, mais comme un ensemble de bassins interdépendants au sein desquels les activités exercées dans une zone peuvent produire des conséquences ailleurs.</p>
<p><em><strong>La pollution possède un coût économique</strong></em></p>
<p>L’eau distribuée aux populations doit être captée, analysée, traitée, stockée puis acheminée vers les consommateurs. Lorsque l’eau brute se dégrade, sa potabilisation peut devenir techniquement plus complexe et financièrement plus coûteuse. La pollution environnementale se transforme alors progressivement en charge économique. Le ministère de l’Environnement estimait en septembre 2026 que certaines opérations avancées de dépollution et de restauration écologique des cours d’eau pouvaient nécessiter entre 1 et 2 millions de dollars par kilomètre, selon les techniques mobilisées. Cette estimation ne signifie évidemment pas que chaque kilomètre de cours d’eau ivoirien nécessitera une telle dépense. Elle permet néanmoins de mesurer le coût potentiel de certaines dégradations graves et rappelle qu’une politique de prévention peut être économiquement préférable à une politique de restauration tardive.</p>
<p><em><strong>Les villes, l’agriculture et l’industrie se partagent la même ressource</strong></em></p>
<p>La pression exercée sur l’eau ne provient pas uniquement de la pollution. Abidjan poursuit son expansion, tandis que Bouaké, Daloa, San Pedro, Yamoussoukro, Korhogo et plusieurs villes intermédiaires connaissent également d’importantes transformations urbaines. Chaque nouveau quartier accroît les besoins des ménages, des écoles, des hôpitaux, des commerces et des entreprises.<br />
L’agriculture exerce parallèlement une pression considérable sur la ressource. Selon le Pacte Eau Côte d’Ivoire 2026, elle représente environ 65 à 70 % des prélèvements en eau, alors que moins de 6 % du potentiel irrigable national serait actuellement valorisé. La Côte d’Ivoire se trouve ainsi confrontée à une équation stratégique. Elle doit développer l’irrigation pour renforcer sa sécurité alimentaire et réduire la vulnérabilité de certaines productions aux aléas climatiques. Cette ambition implique cependant une augmentation potentielle des besoins en eau, alors même que les villes, les industries, l’élevage et la production énergétique sollicitent également cette ressource. Dans certaines régions, une même réserve d’eau pourra donc être nécessaire à plusieurs catégories d’acteurs dont les intérêts ne coïncideront pas toujours. C’est précisément à ce niveau que l’eau acquiert une véritable dimension géopolitique. La rareté n’engendre pas mécaniquement le conflit. Toutefois, lorsque plusieurs acteurs dépendent d’une même ressource essentielle, les règles qui organisent son partage deviennent nécessairement des instruments d’arbitrage et de pouvoir.</p>
<p><em><strong>La sécurité hydrique doit devenir une politique territoriale</strong></em></p>
<p>Les tensions potentielles sur l’eau ne se manifesteront pas partout avec la même intensité. Les contraintes hydrologiques, climatiques, agricoles et démographiques diffèrent considérablement selon les régions. Les besoins du Nord ne sont pas nécessairement ceux du Sud, de même que les réalités d’une grande métropole ne peuvent être assimilées à celles d’une zone rurale. La planification devra donc s’effectuer progressivement à l’échelle des bassins, en anticipant l’évolution des besoins plutôt qu’en attendant l’apparition de pénuries ou de conflits d’usage. Cette logique concerne également l’industrie.</p>
<p>Depuis l’adoption du Code de l’Eau en 2023, certains prélèvements d’eaux brutes sont soumis à des procédures d’autorisation ou de déclaration préalable. Le ministère des Eaux et Forêts a encore rappelé en août 2026 que ces obligations concernaient plusieurs catégories d’opérateurs économiques, notamment dans les secteurs agricole et agro-industriel. Cette évolution traduit un changement important dans la conception même de la ressource. L’eau ne peut plus être appréhendée comme un bien dont les usages économiques seraient dépourvus de limites. Une politique cohérente exige désormais que l’État puisse déterminer les volumes prélevés, leur localisation, leurs utilisateurs et leur destination économique. Sans cette connaissance, aucune gouvernance durable de l’eau ne peut véritablement être construite.</p>
<p><em><strong>Protéger les captages avant de traiter la pollution</strong></em></p>
<p>Construire des stations de traitement tout en laissant se dégrader les ressources qui les alimentent reviendrait à consacrer toujours davantage de moyens aux conséquences sans agir suffisamment sur les causes. Les bassins versants et les zones de captage doivent progressivement être considérés comme des espaces stratégiques au même titre que certains barrages, réseaux électriques ou infrastructures de transport. Cette politique suppose un renforcement de la surveillance scientifique, du contrôle des activités polluantes et du suivi permanent de la qualité des eaux. Elle implique également une meilleure capacité à identifier rapidement l’origine d’une contamination afin d’éviter sa propagation. La sécurité hydrique contemporaine repose ainsi autant sur les données, les laboratoires, les capteurs et les systèmes d’alerte que sur les barrages, les forages et les canalisations.</p>
<p><em><strong>De l’environnement à la sécurité nationale</strong></em></p>
<p>La création des 21 pelotons de sécurité fluviale marque le lien entre l’environnement et la sécurité nationale. La réponse ne saurait toutefois être exclusivement sécuritaire. Les forces de sécurité peuvent contribuer au démantèlement des exploitations clandestines et à la surveillance des cours d’eau. Mais elles ne peuvent, à elles seules, restaurer les bassins versants, organiser l’irrigation, contrôler les rejets industriels, moderniser l’assainissement ou planifier les besoins futurs des villes. La Côte d’Ivoire gagnerait ainsi à consolider progressivement une véritable doctrine nationale de sécurité hydrique capable d’articuler environnement, agriculture, urbanisme, industrie, énergie, santé publique et sécurité. La validation, en septembre 2026, du Plan d’actions de lutte contre la pollution des eaux 2026-2030 participe de cette évolution. Le dispositif prévoit notamment une meilleure identification des sources de pollution, une surveillance accrue des ressources ainsi que des actions de restauration des sites et des berges dégradés.<br />
L’adoption du plan ne constitue cependant que le commencement de la politique publique. Sa véritable portée se mesurera à la qualité de sa mise en œuvre, aux moyens qui lui seront consacrés et, surtout, aux résultats effectivement obtenus sur les bassins concernés.</p>
<p><em><strong>La Lagune Aby rappelle que l’eau ignore les frontières</strong></em></p>
<p>La sécurité hydrique possède enfin une dimension régionale. Les difficultés observées dans le système lagunaire Aby-Tendo-Ehy ont montré combien les pollutions peuvent s’inscrire dans des dynamiques territoriales qui dépassent les limites administratives. Lorsque des cours d’eau ou des bassins sont partagés entre plusieurs territoires, la protection de la ressource devient nécessairement une question de coopération.<br />
Un État peut considérablement renforcer ses contrôles internes et demeurer vulnérable aux dégradations qui affectent un bassin partagé avec un pays voisin. La diplomatie environnementale pourrait ainsi occuper une place croissante dans les relations entre États ouest-africains. Les discussions diplomatiques ne porteront plus seulement sur le commerce, les frontières, la sécurité ou les migrations. La préservation des bassins hydrographiques partagés pourrait progressivement s’imposer parmi les nouveaux enjeux de coopération régionale.</p>
<p><em><strong>Conclusion stratégique</strong></em></p>
<p>L’eau rend la vie possible. Elle alimente les villes, irrigue les champs, soutient l’industrie, participe à la production énergétique et maintient les écosystèmes dont dépendent les sociétés humaines. Parler de souveraineté hydrique ne revient donc pas à annoncer une pénurie générale en Côte d’Ivoire. Le concept renvoie à une exigence beaucoup plus fondamentale. Un État souverain doit disposer de la capacité institutionnelle, scientifique, économique et sécuritaire nécessaire pour protéger une ressource essentielle avant que sa dégradation ne la rende rare, dangereuse ou excessivement coûteuse à exploiter.<br />
La Côte d’Ivoire a longtemps pu considérer l’eau comme une ressource naturellement disponible. Elle doit désormais apprendre à la gouverner comme une ressource stratégique. Au 21ᵉ siècle, la puissance d’un État ne se mesurera peut-être plus seulement à l’étendue de son territoire ou aux richesses enfouies sous son sol. Elle se mesurera aussi à sa capacité à préserver l’eau qui traverse son territoire et fait vivre sa population.</p>
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		<title>Côte d’Ivoire: la révolution numérique peut-elle devenir un levier de puissance économique?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dr. MC Antoine KAKOU FOBA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 13:25:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les Dynamiques Géopolitiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Côte d’Ivoire connaît une transformation numérique qui modifie progressivement les pratiques économiques, les rapports sociaux et les modalités d’accès aux services. La généralisation du téléphone mobile, le développement des paiements électroniques et la numérisation de nombreuses activités témoignent de cette évolution. Toutefois, l’intensification des usages numériques ne garantit pas nécessairement la maîtrise des technologies [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La Côte d’Ivoire connaît une transformation numérique qui modifie progressivement les pratiques économiques, les rapports sociaux et les modalités d’accès aux services. La généralisation du téléphone mobile, le développement des paiements électroniques et la numérisation de nombreuses activités témoignent de cette évolution.<br />
Toutefois, l’intensification des usages numériques ne garantit pas nécessairement la maîtrise des technologies qui les rendent possibles, ni celle de la richesse qu’elles génèrent.</p>
<p>De ce constat nait une interrogation fondamentale : la Côte d’Ivoire peut-elle transformer son dynamisme numérique en véritable capacité de production technologique et en autonomie stratégique ?</p>
<p><em><strong>Une économie connectée, mais quelle est la valeur créée localement ?</strong></em></p>
<p>Selon un rapport de la BCEAO publié en mars 2026, la Côte d’Ivoire comptait environ 99 millions de comptes de monnaie électronique ouverts à la fin de 2024, soit 40,07 % du total de l’UEMOA. Ce chiffre concerne les comptes et non les utilisateurs distincts, une même personne pouvant en détenir plusieurs. Cette progression illustre l&#8217;importance prise par les services numériques dans l&#8217;économie ivoirienne. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, d&#8217;apprécier la part de valeur ajoutée effectivement créée et conservée sur le territoire national. En effet, les activités numériques reposent sur des chaînes de valeur associant opérateurs de télécommunication, établissements financiers, fournisseurs de logiciels, hébergeurs informatiques et prestataires technologiques. La participation de groupes internationaux contribue à l&#8217;investissement et à la diffusion de l&#8217;innovation, mais elle soulève également la question du positionnement des entreprises ivoiriennes dans les segments les plus rémunérateurs de cette économie. L&#8217;enjeu n&#8217;est donc plus seulement de généraliser l&#8217;accès aux technologies numériques, mais de développer les capacités nationales nécessaires à leur conception, à leur maîtrise et à leur valorisation économique.</p>
<p><em><strong>Les données, une ressource stratégique au cœur des rapports de puissance</strong></em></p>
<p>Chaque transaction électronique, achat en ligne ou service administratif numérisé produit des données dont l&#8217;exploitation peut contribuer à l&#8217;amélioration des services publics, à l&#8217;orientation des investissements et au développement de nouvelles activités économiques. Toutefois, leur valeur stratégique soulève des questions essentielles concernant leur collecte, leur conservation, leur traitement et les conditions de leur utilisation. La souveraineté numérique suppose ainsi une gouvernance capable de concilier les impératifs de développement économique, la protection des données personnelles et la préservation des intérêts stratégiques nationaux. Cette exigence dépasse la seule localisation des infrastructures. Un centre de données installé à Abidjan peut demeurer tributaire de logiciels propriétaires, de technologies étrangères ou de dispositifs d&#8217;administration technique contrôlés depuis l&#8217;extérieur. La maîtrise des données dépend donc également de la capacité à contrôler les accès, à garantir la sécurité des systèmes et à préserver une autonomie réelle dans les choix technologiques. La souveraineté numérique ne se résume pas à héberger les données sur son territoire. Elle suppose de disposer des moyens juridiques, techniques et institutionnels permettant d&#8217;en maîtriser les usages et d&#8217;en protéger la valeur stratégique.</p>
<p><em><strong>L&#8217;intelligence artificielle, nouvelle frontière de la dépendance technologique</strong></em></p>
<p>L&#8217;intelligence artificielle ouvre des perspectives importantes pour la modernisation de l&#8217;agriculture, de l&#8217;éducation, de la santé, des transports et de l&#8217;administration publique. La Côte d&#8217;Ivoire a engagé une réflexion institutionnelle sur ces enjeux, notamment à travers la présentation, en mars 2025, de ses stratégies nationales relatives à l&#8217;intelligence artificielle et à la gouvernance des données. Cependant, l&#8217;adoption d&#8217;une stratégie nationale ne garantit pas, à elle seule, l&#8217;émergence d&#8217;une industrie technologique compétitive. Sans investissements soutenus dans la recherche scientifique, les infrastructures numériques, les capacités de calcul et la formation spécialisée, le pays pourrait devenir un marché important pour les technologies d&#8217;intelligence artificielle sans occuper une place significative dans leur conception et leur production. La participation des universités, des chercheurs, des ingénieurs et des entreprises nationales apparaît dès lors essentielle pour développer des solutions répondant aux besoins spécifiques de la société ivoirienne.</p>
<p>Cette ambition comporte également une dimension linguistique et culturelle. La documentation numérique des langues ivoiriennes et leur intégration dans les systèmes d&#8217;intelligence artificielle pourraient favoriser l&#8217;accès des populations aux services éducatifs, agricoles et administratifs. Une intelligence artificielle véritablement adaptée à la Côte d&#8217;Ivoire doit pouvoir intégrer ses langues, ses savoirs et ses réalités socioculturelles, plutôt que de se limiter à l&#8217;importation de modèles conçus pour d&#8217;autres environnements.</p>
<p><em><strong>Une transformation numérique qui ne doit pas accentuer les inégalités</strong></em></p>
<p>La révolution numérique peut contribuer à réduire les disparités économiques et sociales. Elle comporte néanmoins le risque d&#8217;approfondir les inégalités entre les populations disposant d&#8217;un accès effectif aux technologies et celles qui demeurent confrontées à des contraintes matérielles, territoriales ou éducatives. La numérisation des services publics et privés doit donc s&#8217;accompagner de politiques favorisant l&#8217;amélioration de la couverture numérique, l&#8217;accessibilité des équipements et le développement des compétences nécessaires à leur utilisation. L&#8217;inclusion numérique ne saurait être réduite à la disponibilité des infrastructures. Elle suppose que les populations disposent effectivement des moyens de bénéficier des nouvelles opportunités économiques, éducatives et sociales.<br />
Il est évident qu’une société ne devient pas plus inclusive par la seule numérisation de ses services, mais par sa capacité à rendre les bénéfices de cette transformation accessibles au plus grand nombre.</p>
<p><em><strong>De la consommation numérique à la production technologique</strong></em></p>
<p>La Côte d&#8217;Ivoire dispose de plusieurs atouts pour développer une économie numérique orientée vers la production. Le pays possède un marché intérieur dynamique, un tissu entrepreneurial en développement, des établissements de formation performants et une position économique régionale favorable. La transformation de ces avantages en capacités industrielles constitue désormais un enjeu stratégique. Elle suppose de soutenir la conception locale de logiciels, le développement d&#8217;applications, la cybersécurité, la production de ressources numériques et la recherche appliquée en intelligence artificielle. Les universités, les entreprises et les administrations peuvent jouer un rôle déterminant dans cette dynamique à travers des partenariats favorisant le transfert des connaissances, l&#8217;innovation et la valorisation économique des résultats de la recherche. La coopération régionale africaine pourrait également permettre de mutualiser certaines infrastructures et compétences dont le développement représente un investissement considérable pour un seul État. La Côte d&#8217;Ivoire ne doit donc pas seulement ambitionner de devenir un marché attractif pour les technologies numériques. Elle doit également renforcer sa capacité à concevoir, produire et valoriser les solutions technologiques destinées à ce marché.</p>
<p><em><strong>Conclusion stratégique</strong></em></p>
<p>La transformation numérique représente une opportunité majeure pour le développement économique et social de la Côte d&#8217;Ivoire. Elle peut contribuer à moderniser les services publics, à renforcer la compétitivité des entreprises et à ouvrir de nouvelles perspectives à la recherche scientifique et à l&#8217;innovation. Toutefois, cette dynamique pourrait également engendrer de nouvelles formes de dépendance si le pays demeure essentiellement consommateur de technologies conçues, administrées et valorisées ailleurs. L&#8217;objectif n&#8217;est pas de rechercher une autonomie technologique absolue ni de remettre en cause la nécessité des partenariats internationaux. Il consiste plutôt à construire des relations de coopération permettant aux acteurs ivoiriens de participer pleinement à la conception des technologies, à la création de valeur et aux décisions qui orientent leur utilisation. Cette ambition exige des investissements dans les compétences nationales, des infrastructures fiables, une gouvernance rigoureuse des données et un environnement favorable à l&#8217;émergence d&#8217;entreprises technologiques ivoiriennes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Dr.MC Antoine KAKOU FOBA</strong><br />
Analyste en stratégie internationale,<br />
parcours Géopolitique et Prospective.</p>
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